Médecine et Philosophie
Sensibilité et conscience émotionnelle dans l’autisme
REVUE MÉDECINE ET PHILOSOPHIE
Arnaud Sarah
Ph.D, Postdoctoral fellow, Graduate Center, City University of New York
RÉSUMÉ
Cet article propose une caractérisation de la sensibilité et de la conscience émotionnelle des personnes autistes grâce à des
précisions terminologiques des concepts d’émotions et de conscience. Il met en évidence le caractère contradictoire qui semble
caractériser la sensibilité des personnes autistes : alors que leurs états internes du corps parviennent à la conscience beaucoup
plus fréquemment que pour les personnes neurotypiques, leurs émotions sont appréhendées de manière descriptive et non
par le biais de ces ressentis corporels, comme c’est pourtant le cas pour les personnes neurotypiques. Chez les personnes
autistes, la compréhension émotionnelle semble donc être détachée du ressenti émotionnel, pourtant très présent. La mise en
commun des résultats d’études mettant en évidence ces particularités permet de proposer une hypothèse explicative de cette
apparente contradiction ; hypothèse selon laquelle pour les personnes autistes, le caractère accablant des ressentis du corps
est évité grâce à une stratégie compensatoire d’accès explicite aux émotions, détaché du ressenti émotionnel.
MOTS-CLÉS intéroception ; phénoménologie ; conscience émotionnelle ; conscience de soi ; émotion.
concernant la reconnaissance des émotions d’autrui par les per-
sonnes autistes (Fridenson-Hayo et al.
2016 ; Guastella et al.
2010 ; Jones et al. 2011 ; Kuusikko et al. 2009 ; David Williams
Introduction
and Happé 2010), mais nombreuses d’entre elles concernent des
L’autisme désigne une atypicité du développement neu-
particularités concernant la façon dont les personnes autistes se
rapportent à leurs propres émotions. Cependant, la terminolo-
rologique touchant environ 1.5 % de la population (Lyall et al.,
gie utilisée pour décrire ce rapport n’est pas uniforme, ce qui
2017). Selon le manuel diagnostique et statistique des troubles
explique que cette littérature n’ait pas reçu l’attention qu’elle
mentaux (le DSM 5), il fait partie des troubles neurodéveloppe-
mérite. Les chercheur-es utilisent parfois la notion de « traite-
mentaux : un ensemble de troubles se manifestant relativement
ment des émotions personnelles » (Hill, Berthoz, Frith, 2004) ;
tôt dans le développement de l’enfant et caractérisé par un en-
ou celle de « sentiments conscients » (Ben Shalom et al. 2006), ou
semble de déficits (APA, 2013). La recherche et les classifications
encore de « conscience émotionnelle » (Silani et al. 2008) ; certain-
des pathologies mentales le désignent en termes de « trouble du
es parlent de « reconnaître... les émotions en soi » (Williams
spectre autistique » (TSA) et le caractérisent par deux grandes
et Happé, 2010) ; ou de « comprendre ses propres émotions »
dimensions symptomatiques : des difficultés d’interactions so-
ciales et de communications sociales ; et des comportements, des
(Losh et Capps, 2006, Ben-Itzchak et al. 2016) et montrent des
intérêts et des activités peu habituels et parfois répétitifs (APA,
difficultés dans ces domaines. Plusieurs relèvent la présence
d’alexithymie, soit une incapacité à identifier et décrire ses pro-
2013). Je réfèrerai dans ce texte à des « particularités » plutôt
pres émotions (Swart, Kortekaas, Aleman, 2009). Certain-es
que « symptômes » ou « déficits », dans l’optique de favoriser
auteur-es mènent également des études qui testent un processus
un vocabulaire plus neutre et inclusif. Parmi les particularités
plus précis de la relation avec ses propres émotions, notamment
autistiques étudiées par la recherche, on retrouve la question
la capacité de « relier de manière cohérente les émotions aux
des émotions. La majorité des études dans cette littérature en
événements de la vie » (Ben-Itzchak et al. 2017). Le manque de
psychologie et en neurosciences s’attachent aux particularités
mise en commun de ces études combiné à une vision erronée
de l’autisme comme d’une condition impliquant une absence
20
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d’émotions rendent nécessaire un ensemble de clarifications con-
raison de ces processus, les émotions sont parfois considérées
ceptuelles pour une meilleure compréhension des différences
comme des fonctions biologiques (Adolphs, 2017) et adaptatives
de sensibilité entre personnes autistes et neurotypiques. Par
(Sznycer, Cosmides, Tooby, 2017), pouvant par ailleurs être in-
ailleurs, très peu de références aux émotions sont présentes dans
fluencées par le bagage social et culturel des individus (Jack,
les outils de classifications tels que le DSM-5 ou le CIM-11 (Clas-
Garrod, Yu, Caldara, Schyns, 2012). Les études qui compar-
sification Internationale des Maladies) et si les outils diagnostics
ent les émotions des autistes et neurotypiques rapportent des
de l’autisme utilisés en clinique tels que l’ADOS et l’ADI-R pro-
activations physiologiques similaires lorsqu’une émotion est in-
posent bien des échelles de mesure de l’ « affect social », celles-ci
duite : il n’y a pas de différence significative dans les réactions
ne tiennent pas compte de la sensibilité ou de la conscience émo-
cutanées (Ben Shalom et al., 2006), ni dans le taux de pression
tionnelle, mais se concentrent uniquement sur les interactions
sanguine et dans le rythme cardiaque (Bölte, Feineis-Matthews,
sociales et la communication. Cet article a pour but de mettre en
Poustka, 2008) et l’éveil physiologique semble varier de la même
évidence et d’expliquer l’aspect paradoxal de la sensibilité dans
façon chez les autistes que chez les neurotypiques (Silani et
l’autisme. Alors que les bouleversements du corps parviennent
al.,
2008). Cette première composante émotionnelle semble
très souvent à la conscience des personnes autistes, la descrip-
donc être préservée dans l’autisme. Les études sur les aires
tion de leurs émotions semble être détachée de leur ressenti.
cérébrales activées pendant les processus émotionnels présen-
Leur sensibilité semble donc être à la fois submergée par les
tent des résultats divergents. Une meilleure compréhension des
sensations corporelles, et à la fois beaucoup plus impersonnelle
mécanismes cérébraux accompagnant les processus émotionnels
et théorisée que pour les personnes neurotypiques. Dans un
s’avère nécessaire pour déterminer d’éventuelles particularités
premier temps, je propose un ensemble de précisions sur le
dans l’autisme. Les émotions impliquent par ailleurs des évalua-
concept d’émotion grâce à une description des différentes com-
tions des stimuli, objets ou situations qui les déclenchent. En ce
posantes émotionnelles et les mets en lien avec les études sur
sens, elles sont considérées comme étant le résultat de proces-
l’autisme. Ces études montrent que toutes les composantes qui
sus de catégorisation de certains éléments de l’environnement
définissent les émotions peuvent être présentes dans l’autisme,
(Barrett, 2006, 2017a, 2017b): pour pouvoir être prêt-e à fuir,
et que le ressenti émotionnel (la troisième composante) se mani-
l’individu doit avoir catégorisé un élément comme étant dan-
feste à un degré plus important et plus négativement chez les
gereux par exemple. Cette catégorisation peut s’avérer être suff-
personnes autistes que neurotypiques. Dans un second temps,
isamment minimale pour être effective chez les bébés ou les ani-
je m’attache à l’intéroception et montre que les états du corps
maux non-humains (Graham et al., 2016 ; Wilson-Mendenhall,
sont plus souvent ressentis dans l’autisme mais moins fidèles
Barrett, Simmons, Barsalou, 2011). Scherer (2018) utilise la
que chez les personnes neurotypiques. La dernière partie met
notion d’ “évaluation” à plusieurs niveaux (appraisal) pour cap-
en évidence une conscience émotionnelle reposant peu sur le
turer cette idée. Selon lui, une évaluation très minimale peut
ressenti pourtant excessivement présent, et étant davantage is-
avoir lieu à un simple niveau sensoriel et pousser l’individu
sue d’une compréhension théorique et objective de l’expérience
à rechercher certains besoins ou éviter certains éléments, mais
émotionnelle. Ces résultats mettent en évidence la possibilité
une évaluation de plus haut niveau peut permettre de pour-
d’une stratégie compensatoire dans l’autisme : celle d’utiliser
suivre certains buts conscients grâce à un bagage conceptuel
des indices externes plutôt que le ressenti pour se référer à ses
important. Ainsi, les émotions sont associées à certains éléments
propres émotions.
de l’environnement qui sont évalués par l’individu qui en fait
l’expérience. Ces éléments peuvent être les objets particuliers
des émotions, c’est-à-dire les objets ou situations qui les causent,
Une vie émotionnelle riche et intense
et des objets formels, correspondant à une valeur qui les exem-
Contre l’idée reçue selon laquelle les personnes autistes ressen-
plifient (le danger dans le cas de la peur par exemple) (Teroni,
tent peu d’émotions, la recherche sur l’autisme prouve au con-
2007). Or, les personnes autistes peuvent juger l’aspect plaisant
traire la présence de toutes les composantes émotionnelle chez
ou non plaisant d’un stimulus émotionnel et ressentir l’émotion
les personnes autistes, accompagnée d’une intensité supérieure
appropriée (Ben Shalom et al., 2006). Elles peuvent ressentir
à celle ressentie par les personnes neurotypiques. Les émo-
de la tristesse en jugeant qu’une personne est en détresse (Ken-
tions impliquent en premier lieu un ensemble de modifications
nett et Fine, 2009) et avoir des réactions émotionnelles négatives
neurophysiologiques au niveau des systèmes nerveux central,
face à des situations oppressantes ou offensantes (B. A. Adler
et périphérique. Elles sont souvent associées à des activités
et al., 2015). Leurs jugements peuvent donc être à l’origine
cérébrales de l’hypothalamus, de l’amygdale, et de certaines
de réactions émotionnelles. En ce qui concerne la composante
aires corticales, notamment de l’insula (Lewis Todd, 2005). De
motivationnelle pouvant impliquer un passage à l’action, (tel
récentes recherches montrent que les émotions sont associées à
qu’une action, un évitement de la situation, ou un désir de réac-
des réseaux cérébraux à plus grande échelle (Kragel LaBar, 2016),
tion), les témoignages du plusieurs personnes autistes montrent
ainsi qu’à des mécanismes génétiques complexes qui peuvent
des désirs d’agir face à des sentiments forts d’amour (Grandin,
expliquer certaines différences dans les profils émotionnels des
1995), ou de détresse (Kennett et Fine, 2009). Elles peuvent égale-
individus (Wingo et al., 2017), et que les émotions devraient ainsi
ment associer leurs émotions à ce qui les cause et notamment
être comprises comme impliquant des processus dynamiques
aux événements vécus à l’origine de leurs réactions affectives
complexes (Pessoa, 2017 ; Pessoa McMenamin, 2017). Au niveau
(Ben-Itzchak et al., 2017), ce qui suggère que leurs émotions
périphérique, les expressions faciales, les modifications du ry-
sont associées à des objets particuliers. La seconde composante
thme cardiaque et certaines réactions cutanées sont des mar-
émotionnelle est donc également préservée dans l’autisme. En-
ques émotionnelles importantes, ainsi que les modifications cor-
fin, les émotions impliquent une phénoménologie, un aspect
porelles qui préparent le corps à l’action - par exemple à fuir face
qualitatif parfois appelé « ressenti » (feeling) (Prinz, 2005), ou
au danger - et qui peuvent parfois être une source importante
« affect central » (core affect) (Panksepp, 2005 ; Russell, 2009 ;
de motivation (Frijda, 2010 ; Frijda, Kuipers, Ter Schure, 1989 ;
Scarantino, 2009 ; Wilson-Mendenhall, Barrett Barsalou, 2013).
Izard, 1978 ; Mouilso, Glenberg, Havas, Lindeman, 2007). En
21
Cette composante peut être comprise comme l’expérience émo-
l’intéroception » d’une part, et la « sensibilité de l’intéroception »
tionnelle du sujet, composée d’une certaine valence et intensité,
de l’autre (Garfinkel et al., 2016). La première composante
et potentiellement d’autres dimensions. Ce « ressenti expérien-
désigne la capacité à détecter ses états physiologiques internes,
tiel phénoménal » (phenomenally experienced feeling) (LeDoux
elle est mesurée dans l’étude par le biais du rapport verbal
and Brown, 2017) peut être entendu en termes de conscience
des individus sur les battements de leur cœur. L’étude mon-
de l’individu de certains éléments de son environnement, con-
tre que chez les personnes autistes, l’exactitude intéroceptive
science teintée des effets des composantes de l’émotion elle-
est plus faible que pour les personnes neurotypiques, les pre-
même, c’est-à-dire teintée de l’évaluation faite par l’individu et
mières repèrent donc moins bien leurs sensations corporelles
des bouleversements physiologiques encourus. Le sentiment
que les secondes. Cette différence est confirmée par une étude
de peur par exemple serait compris comme une conscience du
qui met en évidence des erreurs de prédictions intéroceptives
danger, colorée d’une valence négative et d’un éveil important,
significatives (DuBois, Ameis, Lai, Casanova, Desarkar, 2016).
qui résultent des modifications corporelles et d’une évaluation
La seconde composante correspond à la fréquence à laquelle
de la situation. On peut alors affirmer à la suite de LeDoux et
l’individu est conscient de ses sensations corporelles. L’étude
Brown (2017) et Clore (1994), que sans une telle composante,
montre que la sensibilité intéroceptive est plus forte chez les per-
on ne peut parler d’émotion, mais tout au plus d’une forme
sonnes autistes, qui ont donc une perception subjective excessive
de réaction primitive, ou de réflexe. Si cette composante est
de ses sensations. L’excès de représentation intéroceptive sem-
également présente dans l’autisme (Bölte et al., 2008) et qu’il
ble également pouvoir confirmer l’idée d’une sensibilité parfois
est donc indéniable que les personnes autistes ressentent des
accrue qui caractérise les personnes autistes (Quattrocki Friston,
émotions, la phénoménologie émotionnelle semble se manifester
2014). Selon ces auteur-es, cette représentation intéroceptive ac-
à un degré bien plus important pour les personnes autistes que
crue correspond à un manque de régulation du système nerveux
neurotypiques, rendant les émotions particulièrement difficiles à
autonome (qui se manifeste par des problèmes intestinaux, res-
appréhender. La progression de la pression artérielle et sanguine
piratoires et cutanés par exemple). Ce manque de régulation est
ne suit pas le même cours pour les deux groupes : les personnes
alors un facteur de la dysrégulation émotionnelle présente dans
neurotypiques ont tendance à avoir une réactivité physiologique
l’autisme, puisque les sensations sont ressenties sans pouvoir
qui décroit pendant le processus émotionnel, alors que celle des
être atténuées (Quattrocki Friston, 2014). Ces résultats suggèrent
personnes autistes est d’abord plus faible et s’accentue avec le
donc qu’un lien causal unit les particularités d’intéroception
temps (Bölte et al., 2008). L’intensité des émotions semble donc
avec l’intensité de la vie émotionnelle des personnes autistes.
plus importante à mesure que l’émotion a lieu. D’autre part,
En effet, une représentation intéroceptive excessive combinée à
les personnes autistes ressentent plus souvent que les neurotyp-
une exactitude amoindrie de l’intéroception correspond à une
iques de l’anxiété, notamment en raison d’une hypersensibilité
conscience des sensations corporelles plus fréquente et moins
et hyposensibilité à certains stimuli de l’environnement (South
exacte. D’une part, la fréquence accrue de la conscience des
Rodgers, 2017). Leur environnement a tendance à les « sub-
modifications internes du corps explique l’intensité qui carac-
merger » (overwhelm), l’évaluation des stimuli sensoriels est
térise la vie émotionnelle des personnes autistes et d’autre part,
alors très souvent à l’origine d’émotions (Jones et al., 2003 ; Lud-
le caractère inexact de l’information consciente sur ces modi-
low et al., 2015). De cela découle également une hypersensibilité
fications permet de rendre compte de la difficulté à faire face
sensorielle impliquant des réactions d’évitement et une absence
à ce trop-plein émotionnel. La section suivante permet alors
de réponse pour faire face à un environnement trop stimulant
de montrer que lorsqu’il s’agit de se rapporter consciemment
(Lane, Molloy, Bishop, 2014). Enfin, les personnes autistes vivent
à leurs propres émotions, les personnes autistes semblent com-
l’embarras de manière plus négative que les personnes neurotyp-
penser ce ressenti qui les submergent grâce à un détachement
iques (N. Adler, Dvash, Shamay-Tsoory, 2015 ; Winter-Messiers,
par rapport à ce ressenti et à une compréhension plus théorique
2013) et ressentent généralement plus d’émotions négatives, don-
de l’émotion en question. Les particularités de sensibilité cor-
nant lieu à des réactions fortes et parfois difficiles à contrôler
porelle et émotionnelles ont donc un impact sur la conscience
(Samson, Huber, Gross, 2012). La phénoménologie émotionnelle
émotionnelle.
semble donc se manifester à des degrés différents de valence et
d’intensité, notamment impliquant une valence plus négative et
Une conscience émotionnelle basée sur l’information
un éveil plus important chez les personnes autistes. Cette sensi-
externe
bilité accrue se manifeste également au niveau de l’intéroception,
c’est-à-dire des ressentis corporels.
Pour comprendre ce que désigne la conscience émotionnelle, un
bref tour d’horizon du concept de conscience peut s’avérer utile.
Différentes théories de la conscience demeurent en concurrence
Une intéroception excessive et inexacte
et sa définition ne fait pas consensus. Cependant, les théories
L’intéroception désigne le ressenti interne des états du corps. Elle
de l’espace de travail global sont actuellement particulièrement
peut être en ce sens une composante de la conscience émotion-
influentes et permettent d’en comprendre différents aspects. Ces
nelle lorsque les états du corps sont modifiés dans le cas d’une
théories naissent d’après l’idée de Baars selon laquelle le cerveau
expérience émotionnelle. Les particularités d’intéroception dans
est constitué d’un ensemble de modules qui collectent différentes
l’autisme ont donc des chances d’être en lien avec celles de
informations (Baars, 1983). L’espace de travail global désigne un
conscience émotionnelle (qui seront analysées dans la partie
espace dans lequel certaines de ces informations collectées sont
suivante). De nombreuses études se sont attachées à cette com-
mises à disposition de l’ensemble de tous les autres systèmes
posante dans l’autisme et mettent en évidence un accès plus
du cerveau. Ce qui est conscient est ce qui est présent dans
fréquent mais moins exact des personnes autistes à leurs sensa-
l’espace de travail global, c’est donc l’information qui est rendue
tions corporelles que pour les personnes neurotypiques. Une
disponible à de nombreuses fonctions cognitives du sujet (De-
étude de l’intéroception dans l’autisme distingue explicitement
haene Naccache, 2001). Le modèle proposé par Dennett (2001)
ces deux types de particularités intéroceptives : « l’exactitude de
est compatible avec les théories de l’espace de travail global en
22
certains points, notamment quant aux fonctions cognitives im-
une qui décrit les mouvements des sourcils (Losh et Capps, 2006,
pliquées dans l’accès à la conscience de l’information. Selon lui,
p. 814). Dans un autre cas, la honte est décrite comme « quand je
un agrégat d’activations cérébrales rend le stimulus disponible
fais quelque chose de mal » (Losh et Capps, 2006, p. 814), ce qui
à différents processus cognitifs tels que la perception, la mémori-
réfère à un objet associé à une valeur. Cette description fait donc
sation et le passage à l’action (Dennett, 2001). Cette disponibil-
référence à des éléments objectifs ou observationnels de la honte.
ité de l’information correspond à l’« état conscient dont nous
Cet exemple associé aux résultats précédents laisse penser que
faisons subjectivement l’expérience » (Dennett, 2001, p. 222).
la conscience émotionnelle est plus conceptuelle, plus théorique
Être conscient-e d’une information signifie alors que grâce à
chez les enfants autistes que chez les enfants neurotypiques. Par
cette activation cérébrale, l’information devient disponible (De-
ailleurs, les enfants autistes privilégient un contenu de réponse
haene, 2014) et c’est cette activation que nous expérimentons
qui fait intervenir des éléments non sociaux et des objets ou
subjectivement comme un état conscient (Dehaene Naccache,
animaux plus que les enfants neurotypiques qui privilégient des
2001). La conscience désigne donc l’aspect subjectif de nos ex-
éléments personnels et sociaux (Ben-Itzchak et al., 2016). Les
périences, issue d’une sélection de l’information. Différents
enfants autistes semblent donc utiliser un contenu de réponse
types d’informations peuvent ainsi parvenir à la conscience. En
plutôt objectif et les neurotypiques un contenu plutôt subjectif.
ce sens, nos états mentaux peuvent eux-mêmes être conscients,
Enfin, en ce qui concerne le type de réponses données suivant les
et à fortiori nos émotions. Lorsque c’est le cas, la conscience est
catégories créées par les auteur-e-s, les résultats suggèrent que
à propos d’événements internes à l’individu, plutôt que d’être
pour comprendre leurs émotions, les enfants autistes utilisent
une conscience de l’information externe. Rappelons-nous que
des références aux causes de la joie (« la route des oranges ») ou
les émotions sont composées de modifications physiologiques,
de la peur (« quand l’enseignant-e bouge sa tête »), ainsi que
d’une évaluation de l’information externe à l’individu, ainsi
des descriptions des modifications physiologiques pour expli-
que d’un ressenti issu de ces deux autres composantes. Ainsi,
quer la tristesse (« quand mon cœur ne veut pas jouer, veut se
dire qu’une émotion est consciente revient à indiquer que ces
détendre ») (Ben-Itzchak et al., 2016, p. 2365). Ce dernier exem-
différents éléments deviennent conscients, sont donc subjective-
ple montre que même lorsque les modifications physiologiques
ment ressentis et disponibles à un traitement cognitif. Chez
sont internes et ressenties, leur description est dépersonnalisée,
les personnes autistes, la conscience des modifications physi-
l’émotion est décrite objectivement, comme s’il s’agissait d’une
ologiques semblent être davantage présente et accablante que
entité externe.
chez les personnes neurotypiques. Cette dimension est mesurée
spécifiquement dans le cas d’expériences émotionnelles (voir
Conclusion
section 1) mais également plus généralement grâce aux mesures
d’intéroception (voir section 2). En ce qui concerne la conscience
Cet article a donné lieu à une caractérisation de la sensibilité
de l’évaluation de l’information externe et la conscience du
des personnes autistes aux allures contradictoires : alors que
ressenti émotionnel, plusieurs études sur l’autisme semblent
les bouleversements du corps parviennent très souvent à la con-
indiquer une conscience plus théorique et objective que chez
science des personnes autistes, la description de leurs émotions
les neurotypiques, presque détachée du ressenti lui-même. Ben
semble être détachée de leur ressenti. Cependant, la caractérisa-
Itzchak et collègues (2016, 2017) proposent de comparer les dis-
tion des émotions grâce à trois composantes définitionnelles per-
cours d’enfants autistes et neurotypiques pour analyser les de-
met de fournir une explication à ces résultats. Les émotions sont
scriptions de leurs émotions ou de ce qui les cause. Lorsque
composées en partie de bouleversements du corps. Ceux-ci sont
les expérimentateurs-trices demandent de décrire ce qui les
fréquemment remarqués par les personnes autistes et donnent
rend tristes et ce qui provoque leur peur, les personnes autistes
lieu à une sensibilité exacerbée et parfois accablante. La con-
utilisent significativement moins de réponses qui font intervenir
science de ces bouleversements s’avère moins fidèle que pour les
la conscience de soi que les personnes neurotypiques, la con-
personnes neurotypiques, qui reconnaissent leurs changements
science de soi étant entendue par les auteur-e-s comme une
corporels moins souvent, mais avec une meilleure exactitude.
condition minimale de ce qui fait référence à une perception
La conscience émotionnelle des personnes neurotypiques prend
de soi, « par exemple l’expérience du succès ou de la décep-
alors appui sur cette conscience de soi, elle est donc beaucoup
tion » (Ben-Itzchak et al. 2017, p. 3). Ces émotions sont donc
plus intuitive que chez les personnes autistes, qui se rapportent
expliquées avec moins de référence à l’expérience personnelle.
à leurs émotions d’une manière plus explicite et détachée. Une
L’expérience subjective est donc moins sollicitée dans la descrip-
hypothèse explicative de ce rapport semble découler de ces ré-
tion des émotions chez les personnes autistes. Cela signifie
sultats. L’intensité sensorielle qui caractérise l’autisme, ainsi
qu’elles se réfèrent peu à leur ressenti, à leur affectivité, pour
que la surcharge de conscience de son propre corps qui semble
décrire leur émotion. Plusieurs études suggèrent d’ailleurs qu’il
l’expliquer, pourraient être à la source de stratégies d’évitement
est peu fréquent que les autistes aient un rapport implicite à
de cette surcharge et ainsi expliquer que les émotions soient
leurs émotions (Ben Shalom et al., 2006 ; Ben-Itzchak et al., 2016 ;
appréhendées davantage par des signes externes, plutôt que
Bird et Cook, 2013 ; Losh et Capps, 2006 ; Silani et al., 2008 ;
compris à la lumière d’un ressenti accablant. Face à un trop-
Williams et Happe, 2010). D’autre part, Losh et Capps (2006)
plein de sensations peu informatif, il apparait en effet plausible
mettent en évidence une description des émotions plus « défi-
que les autres composantes émotionnelles qui parviennent à la
nitionnelle » chez les personnes autistes que chez les personnes
conscience - c’est-à-dire la composante évaluative des émotions
neurotypiques. Plus précisément, dans leur étude, les enfants
et ce qu’elle implique - soient davantage utilisés dans les rap-
autistes ont tendance à se référer à des descriptions des indices
ports verbaux. Si cette hypothèse reste à confirmer par le biais
faciaux ou comportementaux des émotions alors que ce n’est
de futures recherches, elle permet d’expliquer les résultats mis
pas le cas des enfants neurotypiques. Les auteurs rapportent des
en évidence dans cet article : à la fois une conscience de soi
réponses d’enfants autistes telles qu’une description du senti-
extrêmement présente au point d’être accablante dans l’autisme,
ment de tristesse quand « les larmes commencent à arriver », ou
et le caractère détaché de la conscience émotionnelle. De futures
recherches permettraient également d’investiguer plus précisé-
23
ment chacun de ces processus et d’envisager le lien entre ces
Bird, G., Cook, R. (2013). Mixed emotions: the contribution of
différentes composantes de la vie émotionnelle des personnes
alexithymia to the emotional symptoms of autism. Translational
autistes pour comprendre les causes de ces particularités. Le
Psychiatry, 3(7), e285. https://doi.org/10.1038/tp.2013.61
concept de conscience émotionnelle gagnerait d’autre part à être
Bölte, S., Feineis-Matthews, S., Poustka, F. (2008). Brief report:
davantage analysé, en faisant l’objet d’une étude complète des
Emotional processing in high-functioning autism-physiological
différentes significations qui peuvent lui être accordées. Cela
reactivity and affective report. Journal of Autism and Develop-
permettrait une meilleure compréhension de ses mécanismes
mental Disorders, 38(4), 776-781.
dans l’autisme. Enfin, ces résultats gagneraient à être pris en
Dehaene, S. (2014). Consciousness and the brain: Deciphering
compte en clinique, à la fois en vue de l’amélioration des outils
diagnostics de l’autisme et également dans le but d’améliorer les
how the brain codes our thoughts. Penguin.
éventuelles prises en charge des personnes autistes. En effet, les
Dehaene, S., Naccache, L. (2001). Towards a cognitive neu-
particularités de réciprocité socio-émotionnelle qui caractérisent
roscience of consciousness: basic evidence and a workspace
l’autisme font l’objet de recherches et d’interventions qui se con-
framework. Cognition, 79(1), 1-37.
centrent principalement sur l’aspect social de ces particularités.
Dennett, D. C. (2001). Are we explaining consciousness yet?
Une meilleure compréhension de l’aspect émotionnel de ces
Cognition, 79(1), 221-237.
particularités - notamment de la sensibilité et de la conscience
émotionnelle - pourrait permettre des diagnostics et des prises
DuBois, D., Ameis, S. H., Lai, M.-C., Casanova, M. F., Desarkar, P.
en charge davantage basés sur le ressenti individuel et sur l’accès
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