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Généalogie de l’intoxication et politique de l’accoutumance. Nietzsche, une pensée de l’addiction

Médecine & PhilosophieVolume 14 · 2026
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Résumé

Nous proposons de mettre en évidence l’existence d’une pensée de l’addiction au cœur de la philosophie nietzschéenne de la culture. Nous souhaitons montrer que la métaphore pharmacologique joue un rôle décisif dans l’élaboration de cette philosophie, puisque Nietzsche a systématiquement recours à une diversité de termes (« stimulant », « remède », « palliatif », « narcotique », « poison », etc.) pouvant se rapporter à la notion de « drogue » (par laquelle nous traduisons le grec « pharmakon ») pour penser les productions culturelles de l’homme, des religions aux arts en passant par les sciences ou les philosophies. Nous montrerons que cet usage de la métaphore pharmacologique permet à Nietzsche d’établir une généalogie toxicologique du malaise de l’homme moderne, celui-ci étant pris dans un processus d’addiction à une série de narcotiques devenus pour lui des conditions de vie. Or, ces narcotiques dont il est dépendant lui échappent progressivement dans le contexte historique du nihilisme, et c’est pourquoi nous montrerons que l’enjeu du nihilisme est celui de la désintoxication d’un « toxicomane » sous sevrage. Enfin, nous articulerons ces analyses à une interprétation pharmacologique du versant réformateur de la philosophie de Nietzsche, en montant que le projet d’un « renversement de toutes les valeurs » peut être compris comme une « politique de l’accoutumance » à de nouvelles drogues, fondée sur une posologie déterminée, et visant l’incorporation de nouvelles valeurs favorisant un épanouissement de la vie.

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